cédric fernandez

forgeron d'art

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artiste sculpteur

Echanges de la lumiere

A l’origine du travail créatif de Cédric Fernandez, une interrogation : comment mettre en forme, au travers de la lumière ? Comment, dans cette vibration tenue, faire émerger le volume, se dresser la figure, se tenir la colonne, se plier et se tordre la plaque ou la tige pour trouver l’équilibre éclairant ?

Tout au long de son parcours artistique, il n’a eu de cesse que d’éprouver, de soumettre à la question son désir de concevoir, d’imaginer. De donner à voir.

D’abord par le dessin et la peinture, en mêlant les techniques, superposant, abîmant, cachant et révélant l’éclat de la toile. Puis par la photographie, en jouant sur les notions de positif et de négatif, de lumière captée et de lumière rendue, il met en dialogue ce que l’artiste saisit et ce qu’il renvoie à l’œil qui le regarde. Mais l’espace que le cadre et la technique lui propose n’est pas suffisant : ce que Cédric cherche, veut creuser et produire, c’est la matière.

Il explore donc différent médias, dans sa volonté de mêler la pensée et le cœur, l’idée et sa pulsation dans le vivant, l’épaisseur, le relief. Guidé un jour par la nécessité d’une expression qu’il veut faire réelle, son premier objet éclairé, il se forme auprès du Centre de formation aux Métiers d’Arts pour apprendre la technique qui lui fera véritablement tenir debout le corps de son œuvre à venir, la ferronnerie.

Désormais, la forge deviendra sa grammaire, une langue nouvelle qui réunit les gestes à sa parole, une langue des signes dont le rythme et la force brute produisent les sons légers de son propos actuel.

Cédric travaille le fer au feu, comme un soleil noir, dans une approche paradoxale du métier d’art : c’est dans la profonde noirceur de l’acier, dans l’air charbonneux de l’atelier, dans l’intangible puissance de l’enclume qu’il descend chercher la lumière contenue, dissimulée dans sa gangue de matière élémentaire.

Il traque le feu intérieur, le brillant enserré comme dans l’ombre secrète, au creux, au cœur. Et il nous propose ensuite cette lumière émergée de la pièce même, parfois soulignée par de discrètes leds lorsqu’il s’agit d’objets éclairés , parfois absorbée et réfléchie naturellement par les effets de reliefs et de lissage, en jouant sur les contrastes, le poli et le rugueux, le pli et le plein.

Ce travail est un échange avec le plus originel des éléments, pour faire battre sous les dehors métalliques et froids des carcasses d’aciers, des tiges de fer tordues, des tableaux de grand format, le cœur chaud du fer fondu et battu, cuit et recuit, passé par la chauffe, la trempe, l’écho répété de la masse, jusqu’à obtenir ces objets profondément organiques, face auxquels le regard, le corps entier du spectateur sent que ça tape, ça pousse, ça pulse. Que ça vient de loin, par un chemin tortueux et violent. Ces œuvres naissent, se développent, grandissent et perdurent comme des fleurs résilientes et dès lors, perpétuelles.

Tout l’art de Cédric, finalement, se résume à cela : trouver, faire éclore, une juste forme, et offrir à cette forme, la juste place au monde qui lui revient.